Moi qui fais ce trajet…

On n’aime pas les clichés. On aime les individus. 

On n’aime pas ce qui est prédictible. On aime les singularités. 

Ce qui est prédictible ne nous dit rien. C’est indifférent. 

On aime ce qui est naturel. On aime ce qui est profond. 

Me réduire, c’est m’insulter. 

Me réduire à mon passé, à mon métier, à ma famille, c’est m’insulter. 

On n’est pas son passé, ni son métier, ni sa famille. 

On n’est pas ses opinions, ce qu’on aime, ce qu’on n’aime pas.

On est sa façon d’être.

On est sa façon d’avoir ses propres opinions, sa façon d’aimer ce qu’on aime et de ne pas aimer ce qu’on n’aime pas. 

Il y a des personnes qui pensent comme je pense, qui ont les mêmes opinions, que je n’aime pas. 

Il y a des personnes qui ne pensent pas du tout comme moi, qui n’ont pas les mêmes opinions, que j’adore. 

On aime ce qui ne peut pas se dire, ce qui est derrière la personne, les mots. 

On est sa manière de vivre, sa manière de dire ce qu’on dit.

(On n’est pas ce qu’on fait, on n’est pas ce qu’on dit.)

On est sa manière de se taire, sa manière de regarder les autres dans les yeux (ce qui est derrière les yeux).

On est sa manière de souffrir, on est sa manière d’espérer.

On est sa manière de rater, sa manière d’essayer, de recommencer.

(On n’est pas ce qu’on rate, on n’est pas ce qu’on essaie.)

On est le comment.

Ou pour mieux dire, c’est son comment, celui de l’individu, qui se manifeste, mais qui ne peut pas se dire (ou, au moins, qui ne se dit que rarement et avec beaucoup de difficulté, surtout en poésie): cela se sent, et chaque individu a son essence (les groupes n’ont pas, les catégories sociales n’ont pas).