[May everything be forgotten
of what’s behind me,
because behold the sky and the earth.]
[C.F. Ramuz, Aimé Pache peintre vaudois ; quelques traductions encore / some more translations.]
*
C’est vers ce temps qu’il écrivit dans son cahier :
« Je sens bien que je pourrai être encore malheureux,
et que je souffrirai
et que je ne suis à l’abri de rien
de ce qui nous menace dans la vie :
pourtant tout est changé.
Chaque malheur qui viendra,
il est accepté d’avance ;
il me trouvera à ma place,
et je le mettrai à sa place,
il ne détruira rien en moi.
Je l’envisagerai
et je lui dirai :
« Je sais d’où tu viens et ce que tu veux ;
voilà, ma porte t’est ouverte. »
Et à chaque joie qui viendra,
je dirai aussi :
« Entre librement. »
Mais moi,
je resterai le même.
Parce qu’il y a des certitudes.
Il me semble que j’ai à moi
deux ou trois grandes certitudes
auxquelles je suis pour toujours lié,
et c’est pourquoi je me sens fort.
Il y a longtemps sans doute
qu’elles étaient en moi,
ou du moins
elles n’y sont pas venues tout à coup,
mais j’ignorais qu’elles étaient là ;
et il m’a fallu bien de la peine
pour les découvrir ;
et puis, les ayant découvertes,
longtemps encore j’en ai douté.
Maintenant je ne doute plus.
Pointet le taupier tend ses trappes ;
moi je peins dans mon village. »
*
[It was near this time that he wrote in his notebook:
“I know well that I could still be unhappier,
and that I will suffer
and that I’m not out of reach of anything
that threatens us in life:
still, everything’s changed.
Every adversity that’ll come
I accept in advance;
it will find me in my place,
and I’ll put it in its place,
it won’t destroy anything in me.
I’ll look at it
and I’ll tell it:
‘I know where you come from and what you want;
do as you will, my door is open.’
And to every joy that’ll come,
I’ll say too:
‘Enter freely.’
But me,
I’ll stay the same.
Because there are certitudes.
It seems to me that I have
two or three real certitudes
to which I am forever bound,
and that’s why I feel strong.
Probably they’ve been in me for a long time,
or at least
they didn’t come all of a sudden,
but I didn’t know they were there;
and it took me a lot of pain
to find them;
and then, having found them,
still for a long time I doubted.
Now I don’t doubt anymore.
Pointet the mole hunter lays his traps;
me I paint in my town.]
*
Il y a une résurrection.
Il y a en nous des forces de vie.
Elles nous poussent à mourir souvent,
mais à ressortir de la mort ;
elles nous font mourir
pour nous faire mieux vivre.
*
[There is a resurrection.
There are in us forces of life.
Often they push us to death,
but to come out of death again;
they do us to death
to make us live better.]
*
« Il n’y a qu’une espèce d’amour.
Aimer vraiment,
c’est tout aimer.
Et aime à présent
même ta douleur,
car l’amour est semblable en tout. »
*
[“There is only one kind of love.
To love truly
is to love everything.
And love now
even your pain,
because love is the same in everything.”]