Et il m’a dit :
— Tu sais que je ne suis jamais venu ici ? Moi, je n’y avais jamais pensé. C’est bizarre, mais c’est comme ça. J’aurais dû venir plus tôt. Toi, tu sais ce qu’on va faire ?
— Pas du tout. Mais je pense…
Quelqu’un frappe à la porte.
— Toi, vas-y.
Je vais à la porte et je l’ouvre, incertain.
C’est un homme de taille moyen, plutôt ordinaire, mais sans visage. Je lui ai dit :
— Mais qui êtes-vous ?
Il m’a regardé un instant sans rien dire, et puis :
— Je suis venu te donner un conseil.
— Mais alors, dites-le-moi, qu’est-ce que c’est ?
Il a baissé la tête. Je l’ai regardé, immobile. Puis, en me regardant :
— Il faut que tu arrêtes. Tu n’es pas assez sérieux. Tu te laisses aller et tu t’en habitues. Tu n’aimes pas ta vie, mais tu aimes ces phrases que tu apprends par cœur, ces livres qui disent tout le contraire de ce que tu fais. Je sais que tu fais des efforts, mais ce n’est évidemment pas assez. Tu sombres dans une résignation honteuse. Tu souris mais tu as honte. Il faut que tu changes ta vie, tu dois changer ta vie !
J’ai fermé la porte. Mon ami avait disparu. Il n’y avait pas beaucoup de lumière. Les yeux presque fermés, j’ai cherché une chaise.
*
Ma vie,
Qu’est-ce que tu veux ?
Moi, j’essaie
Mais je ne sais pas
Et je ne sais plus ;
Les autres me disent :
Tu sais qui tu es.
Les autres me disent :
Tu sais ce que tu aimes.
Mais moi, j’ai peur ;
J’ai l’impression de ne pas vraiment savoir
De ne pas suffisamment savoir
Qui je suis
Et ce que j’aime,
Ce qui fait que je veux vivre ma vie.
Je ne sais pas ce que j’ai à donner,
Ou si ce que je donne
Est assez ; je veux dire,
J’ai peur de vivre,
J’ai mal partout,
Et je ne suis pas fort
Mais faible,
Et faible avant tout.
Je sais qu’il faut continuer,
Je sais que je ne peux que continuer,
Je sais que je vais continuer
Mais j’ai honte et je suis triste,
Et…
— Quand même tu vas continuer,
Et tu vas faire mieux qu’avant,
Et c’est tout.